Un territoire de vallées et de chemins : la carte cachée des mobilités douces

À la faveur des brumes matiniales sur les rives de la Vézère, il n’est pas rare de croiser désormais marcheurs, cyclistes et familles en promenade sur les berges aménagées ou les voies douces traversant les villages de Périgord Noir. La mobilité douce n’est plus une utopie verte réservée aux grandes métropoles : elle irrigue aujourd’hui nos campagnes, parfois discrètement, portée par une mosaïque de financements publics souvent méconnus des acteurs locaux.

Dans le bassin de la Vézère, paysages anciens et enjeux contemporains se côtoient. Ici, la mobilité douce, ce sont des pistes cyclables avec vue sur les falaises de la Madeleine, la rénovation d’anciens chemins de halage, l’installation d’abris vélos ou l’expérimentation de navettes électriques pour désenclaver les villages. Mais derrière chaque banc installé, chaque coup de pioche, c’est tout un faisceau d’aides publiques, locales, nationales, européennes qui se mobilise. Mieux comprendre ce qui les nourrit et ce qu’elles soutiennent, c’est aussi se donner la possibilité d’imaginer de futurs projets à l’échelle de la vallée.

Les principales sources de financement public : panorama opérationnel

Les solutions de financement pour la mobilité douce se déploient à plusieurs échelles, et leur articulation est rarement linéaire. Tour d’horizon des principaux dispositifs mobilisables dans le bassin de la Vézère.

1. Le soutien européen : FEDER, FEADER et Horizon Europe

  • FEDER (Fonds européen de développement régional) : finance la création de réseaux cyclables ou piétonniers, notamment dans le cadre de programmes interrégionaux tels que « EuroVélo 3 ». La Vézère bénéficie indirectement, via le schéma départemental des itinéraires cyclables, de près de 1,6 million d’euros de fonds FEDER depuis 2016 en Dordogne (source : Département de la Dordogne). Les communes voisines de Terrasson ou Montignac ont pu réaménager plusieurs portions de voies vertes grâce à ces fonds.
  • FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural) : soutient la réhabilitation d’anciens chemins ruraux, notamment dans des projets de « mobilité partagée » (échanges scolaires, déplacements à vélo autour des bourgs-centres). La Communauté de communes Vallée de l’Homme a ainsi obtenu en 2021 près de 400 000 € pour ses plans de mobilités rurales.
  • Horizon Europe : s’adresse plutôt à des expérimentations pilotées par des collectivités ou des clusters. En Dordogne, ce cadre a permis la réalisation de diagnostics mobilité sur la zone de Thenon, avec la participation de l’INRAE (Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement).

2. L’enveloppe de l’État : appels à projets et plan France Mobilités

  • Appel à projets « Fonds Mobilités actives » : Créé en 2018, reconduit chaque année, il cofinance jusqu’à 40 % du coût total d’une infrastructure cyclable. La Dordogne a bénéficié de 3,2 millions d’euros entre 2019 et 2023 (source : Ministère des Transports). À Limeuil ou Audrix, ces crédits ont permis la sécurisation de liaisons douces entre hameaux.
  • Dotations de soutien à l’investissement local (DSIL) : permettent aux collectivités d’investir dans du mobilier urbain, des abris vélos, des connexions piétonnes, souvent en complément d’autres subventions.
  • Certificats d’économie d’énergie (CEE) : peu connus, ils encouragent des initiatives privées ou associatives, comme les auto-réparations de vélo, à travers le dispositif « Coup de pouce vélo ».
  • Plan France Mobilités: accompagne les collectivités rurales. Bon à savoir : le bassin de la Vézère fait partie des « territoires de mobilités rurales expérimentales » depuis 2020. Des ingénieurs-conseils de l’Agence de la transition écologique (ADEME) aident à boucler les financements, notamment pour les schémas directeurs cyclables.

3. Les apports de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département de la Dordogne

  • Région Nouvelle-Aquitaine : elle dispose d’une enveloppe annuelle pour soutenir la réalisation de « trames cyclables régionales » (ex. : l’axe Bergerac-Sarlat, dont le tracé concerne la partie aval de la Vézère). Montant moyen alloué par projet : de 50 000 € à 200 000 € selon l’ampleur et la mutualisation intercommunale (source : Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine).
  • Département de la Dordogne : acteur central, il participe jusqu’à 40 % du coût d’aménagement de voies vertes et gère le réseau cyclable départemental, en particulier la « V91 » reliant Montignac à Les Eyzies. En 2022, c’est plus de 1,1 million d’euros qui ont été investis pour l’entretien et la mise en sécurité des cheminements doux en Périgord Noir.
  • Accompagnement technique : la Région et le Département proposent également assistance, ingénierie et cofinancement des études préalables, souvent indispensables pour débloquer les fonds européens.

Des dispositifs adaptés : zoom sur les projets concrets en vallée de la Vézère

Pour illustrer l’imbrication de ces aides, promenons-nous à vélo du côté de Montignac, où un chemin ombragé relie la grotte de Lascaux au parc du Thot. Ce tronçon de 5,2 kilomètres, inauguré à l’été 2021, a vu le jour grâce à un monticule de financements publics :

  • 35 % de fonds FEDER,
  • 25 % issus de la Région Nouvelle-Aquitaine,
  • 20 % versés par le Département,
  • le solde par la commune et la vente de terrains communaux pour boucler l’opération.

Au total, l’investissement pour ce seul tronçon s’est élevé à 620 000 €. Cette complémentarité d’interventions publiques est de mise partout dans la vallée, du réaménagement du bourg de Saint-Léon-sur-Vézère (parking vélo, passerelle piétonne) à la création d’une navette électrique saisonnière entre les parkings extérieurs et les sites patrimoniaux des Eyzies, soutenue par la DSIL et expérimentée en 2023.

Chiffres, tendances et anecdotes : la mobilité douce, nouvel enjeu rural

  • Entre 2017 et 2023, le kilométrage de voies douces a doublé en Dordogne selon le Conseil départemental, passant de 80 à 160 km.
  • Le budget global consacré à la mobilité douce dans le département atteint 8,2 millions d’euros sur la période 2020–2023, incluant l’entretien, la signalétique et la création de nouveaux axes (source : Collectivité européenne d’Alsace, observatoire national de la mobilité douce, 2023).
  • Les « samedis réparation vélo » mis en place dès 2020 à Montignac et Terrasson, subventionnés à 70 % par les CEE et le programme Alvéole Plus, ont permis à plus de 500 vélos d’être remis en état, avec à la clef une vingtaine de trajets quotidiens gagnés sur la voiture.
  • Le projet de « véloroute de la Vézère » était déjà évoqué dans les archives municipales dès 1997 à Les Eyzies. Il a fallu attendre la conjugaison de plans nationaux, de décisions départementales et de nouvelles lignes de crédits européennes pour voir les premiers coups de pioche vingt ans plus tard.

Qui peut demander ces financements ? Mode d’emploi pour collectivités, associations, citoyens

Les guichets sont nombreux, parfois ardus à démêler. Communes, intercommunalités, associations mais aussi coopératives citoyennes, tous peuvent prétendre à des aides pour améliorer la mobilité douce.

  • Collectivités : plans de financement « cousus main » en mobilisant plusieurs sources (État, Europe, Région, Département). Un dossier technique solide et une concertation locale – souvent appuyée par le Pays du Périgord Noir – sont essentiels pour maximiser les subventions.
  • Associations : dispositifs Alvéole Plus (FUB – Fédération des Usagers de la Bicyclette), CEE, subventions régionales. Par exemple, l’atelier associatif de Thonac a obtenu une subvention FEADER de 15 000 € pour la création d’un abri vélo partagé en 2022.
  • Citoyens/cooperatives : les micro-projets portés par des circuits courts ou tiers-lieux bénéficient parfois de chèques vélo, et s’appuient sur des plateformes comme « France Mobilités » qui fédère des appels à projets et de l’accompagnement technique (voir : www.francemobilites.fr).

Une étape clé pour tous : l’ingénierie de montage et de suivi du projet, souvent largement subventionnée (jusqu’à 80 % dans les programmes « Petites villes de demain » qui bénéficient au Bugue ou à Montignac).

Nouvelles dynamiques au fil de la rivière

À travers les sous-bois du Périgord et le clapotis tranquille de la Vézère, se joue en sourdine la lente mue d’un territoire qui redécouvre la force du pas, du pédalier, de l’aller-retour sans moteur. Tandis que de nouveaux appels à projets voient le jour et que les premiers retours d’expérience infusent dans les villages, les financements publics s’affinent et s’ouvrent à l’innovation sociale, à la solidarité et à la justice spatiale.

Plus qu’une mode, la mobilité douce tisse pas à pas, mètre à mètre, une constellation de possibles sur notre terre de Dordogne – où chaque chemin, fût-il modeste, peut devenir un horizon pour de nouveaux usages, de nouvelles rencontres, et de nouveaux récits à partager.

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