Pourquoi parler de plantes dépolluantes aujourd’hui ?

Au sein des anciennes bâtisses de Dordogne comme dans les logements contemporains, l’air intérieur abrite parfois des secrets moins bucoliques : solvants, formaldéhyde, benzène, toluène, et tant d'autres composés volatils dont la discrétion ne les rend pas moins indésirables. Depuis plusieurs décennies, la question de la qualité de l’air que nous respirons sous nos toits s’impose comme un enjeu de santé publique. La NASA s’est penchée sur le sujet dès les années 1980, lors de ses recherches en environnement clos pour les futures missions spatiales. Des études pionnières ont alors pointé un remède inattendu, à la fois ancestral et universel : les plantes vertes.

La « NASA Clean Air Study », étude initiée en 1989, confirme que certaines plantes d’intérieur se révèlent particulièrement efficaces pour absorber et dégrader ces polluants aéroportés. Depuis, leur popularité va croissant, et ce classement n’a cessé de nourrir discussions et expérimentations dans le monde entier (NASA Clean Air Study). Voici un tour d’horizon de ces dix sentinelles végétales — entre science et jardinage du quotidien.

Le classement NASA : les 10 plantes dépolluantes à connaître

Plante Nom latin Principaux polluants absorbés Facilité d’entretien
Fougue de la Jungle : Fougère de Boston Nephrolepis exaltata Formaldéhyde, xylène, toluène Facile
La star rétro : Lierre anglais Hedera helix Formaldéhyde, benzène, trichloréthylène Très facile
L’indestructible : Spathiphyllum (Fleur de lune) Spathiphyllum Formaldéhyde, benzène, ammoniaque, trichloréthylène Très facile
L'élégant : Palmier Areca Dypsis lutescens Formaldéhyde, xylène, toluène Facile
La robuste : Dragonnier marginé Dracaena marginata Formaldéhyde, benzène, trichloréthylène, xylène Facile
Arum d’intérieur : Anthurium Anthurium andreanum Ammoniaque, formaldéhyde, xylène, toluène Moyen
La gracieuse : Palmier Rhapis excelsa Rhapis excelsa Ammoniaque, xylène, formaldéhyde Moyen
L’originale : Langue de belle-mère (Sansevieria) Sansevieria trifasciata Formaldéhyde, benzène, trichloréthylène Indestructible
La campagne à la maison : Gerbera Gerbera jamesonii Trichloréthylène, benzène Moyen
L’exotique : Ficus benjamina (Figuier pleureur) Ficus benjamina Formaldéhyde, xylène, toluène Facile

Focus sur les vertus et anecdotes de chaque plante

Fougère de Boston : la simplicité verdoyante

On la retrouve souvent suspendue dans nos entrées d’immeubles ou au cœur des vieux salons. La fougère de Boston, Nephrolepis exaltata, est championne dans l’absorption du formaldéhyde, ce composé trop souvent relâché par nos meubles et tissus traités. À la fin du XIXe siècle, elle trônait déjà dans les vérandas victoriennes, purifiant sans qu’on ne le sache alors nos atmosphères. Robuste, elle réclame seulement une brumisation régulière, rappelant l’air des sous-bois périgourdins.

Lierre anglais : le grimpant indomptable

Si les ruines de la vallée de la Vézère s’habillent parfois d’un manteau vert, c’est souvent celui du lierre. Sa variété domestique, Hedera helix, excelle dans l’élimination du benzène, un polluant issu des peintures et des encres. Selon une expérience menée par l’American College of Allergy, Asthma and Immunology, il réduit aussi jusqu’à 94% des moisissures aéroportées en 12 heures dans un laboratoire (source).

Spathiphyllum (Fleur de lune) : élégance et efficacité

Avec sa corolle blanche pareille à une lune d’été sur la Vézère, le Spathiphyllum est le plus complet des filtres naturels. Au-delà du formaldéhyde, il aspire également le trichloréthylène des solvants et l’ammoniaque de nos produits ménagers. C’est une plante parfaite pour la chambre, car elle agit aussi la nuit. Elle n’exige qu’un arrosage hebdomadaire et une lumière douce.

Palmier Areca : l’ambiance exotique

Très apprécié pour son port léger, le palmier Areca (Dypsis lutescens) s’illustre par sa capacité à humifier naturellement l’air tout en absorbant formaldéhyde et autres toxiques. Une anecdote locale : dans l’hôtel de la vallée de l’Homme à Montignac, la gérante confie qu’elle place un grand Areca dans chaque chambre pour sa touche « bord de rivière », mais aussi parce qu’elle voit la différence sur le ressenti de ses clients allergiques.

Dragonnier marginé : résistant et passe-partout

Appelé aussi Dracaena marginata, ce dragonnier figure dans presque tous les halls d’entreprises pour sa résilience. Sa longue silhouette bicolore n’est pas qu’ornementale : elle capte le trichloréthylène, polluant commun dans les colles et vernis. Un botaniste du Muséum d’Histoire Naturelle de Bordeaux me racontait qu’il la recommande systématiquement dans les lieux accueillant du public grâce à sa robustesse incomparable.

Anthurium : la touche colorée

Sa floraison rouge flamboyant attire les regards, mais ce que l’on sait moins, c’est que l’Anthurium purifie avec une rare efficacité l’ammoniaque, présent dans les aérosols ménagers. En Amérique du Sud, on le nomme aussi « langue de feu », et il est associé dans les berceuses créoles à la protection du foyer. Son entretien demande plus de rigueur : arrosage délicat, lumière filtrée.

Palmier Rhapis excelsa : le compagnon des intérieurs ombragés

Ce palmier nain s’acclimate volontiers dans nos salons, qu’ils soient lumineux ou non. Il absorbe bien l’ammoniaque des produits ménagers. Il figure parmi les rares à s’épanouir dans les maisons semi-ombragées de nos villages, du Bugue à Terrasson.

Sansevieria (Langue de belle-mère) : la dure à cuire

Avec ses longues feuilles coriaces, la Sansevieria ne craint ni les oublis d’arrosage ni les variations de température. En 2018, une école périgourdine en a placé dans chaque classe pour limiter allergènes et benzène : moins d’éternuements, assurent les enseignants, et un air plus “frais” même en hiver. Cette plante continue de purifier la nuit : un véritable poumon miniature, selon la NASA.

Gerbera : une beauté utile

Le Gerbera (Gerbera jamesonii) n’est pas qu’une star des bouquets. Il excelle à capturer le trichloréthylène. Un détail : il apprécie la chaleur et un arrosage soigneux. La NASA précise dans ses rapports qu’il offre la meilleure efficacité pour le benzène parmi les espèces à fleurs.

Ficus benjamina (Figuier pleureur) : la sérénité verte

Le Ficus benjamina a colonisé les salons européens dès les années 1960. Il filtre formaldéhyde, xylène et toluène avec constance et demanda peu d’attention si ce n’est d’éviter les courants d’air. Installé dans les écoles ou bureaux, il aide à réduire les maux de tête liés à la pollution indoor, comme le rappelle une étude de l’Université de Copenhague (source).

Les enjeux de la dépollution domestique : une science vivante et participative

L’intérêt pour les plantes dépolluantes ne se réduit pas à la simple décoration : chaque foyer, à sa mesure, peut participer à la régulation de l’air intérieur. Selon l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur (français), les concentrations de certains polluants dépassent fréquemment les seuils recommandés, notamment dans les logements anciens ou mal ventilés (OQAI).

  • Un mètre carré de feuilles par 10 m² de surface d’habitation constitue une bonne moyenne d’action.
  • Associer les plantes entre elles permet de maximiser la diversité des polluants absorbés.
  • Veiller à ne pas sur-arroser (risque de moisissure) et à dépoussiérer régulièrement les feuilles.

Des expériences participatives, à l’image de l’opération « Une plante pour ma classe » menée à Périgueux en 2022, montrent que dès trois plantes par pièce, les résultats sont significatifs en matière de réduction d’irritations et d’amélioration du ressenti général.

Précisions et limites : que dit la recherche actuelle ?

La portée des plantes dépolluantes est réelle, mais il importe de les considérer comme un outil parmi d'autres et non une solution miracle. Les études menées par la NASA et leurs prolongements universitaires ont posé les bases en conditions de laboratoire ; dans les environnements domestiques, leur efficacité est surtout probante en complément d’une bonne aération. De nouveaux travaux, comme ceux publiés dans le Building and Environment Journal en 2016, confirment que certaines plantes absorbent rapidement certains polluants à proximité, mais soulignent que ce processus reste lent à l’échelle d’un logement entier. Il vaut donc mieux multiplier les espèces, ouvrir régulièrement les fenêtres et, lorsque possible, limiter les sources de pollution.

Un jardin dans la maison : tradition et modernité à la croisée de la Vézère

Insuffler une part de nature chez soi rappelle l’évidence : la terre, même modeste, est toujours vivante et prête à s’adapter. Autrefois, dans les bourgs de Dordogne, chaque foyer disposait de quelques herbes au rebord des fenêtres pour chasser les miasmes : le basilic à l’entrée, le lierre au salon. Si la NASA a popularisé la science et redonné lettres de noblesse à ces compagnons de tous les jours, il appartient à chacun de réinventer cette alliance. Car les plantes, qu’elles viennent de la forêt d’Aubas ou des serres de Bergerac, sont portées par la même vocation : celle de nous reconnecter, silencieusement, au monde vivant.

Sources : NASA Clean Air Study, OQAI, Université de Copenhague, American College of Allergy, Asthma and Immunology, Building and Environment Journal.

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