Dans les brumes du « Venise Verte » : un patrimoine menacé
Aux confins de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime, s’étend un paysage miroitant, cousu de canaux et de frênes têtards : le Marais poitevin. On l’appelle aussi la « Venise Verte », surnom que l’on murmure sur les barques à fond plat, glissant silencieusement sur les conches bordées d’iris d’eau. Ce vaste espace humide — près de 100 000 hectares à son apogée au XIXe siècle — est l’un des plus grands marais d’Europe occidentale, mais aussi l’un des plus fragiles.
Derrière la carte postale où s’avancent les barques légères, le Marais poitevin a longtemps été victime d’une histoire complexe, partagée entre l’homme et l’eau. Dès le Moyen Âge, la conquête humaine transforme cette zone autrefois marécageuse : les moines bâtissent les premiers canaux, les digues redessinent la lagune poitevine, ouvrant la voie au maraîchage et à la polyculture. Mais le XXe siècle accélère le balancier : drainage, création de grandes parcelles agricoles, installation de pompes, disparition des prairies naturelles et, avec elles, d’oiseaux migrateurs et de poissons emblématiques.
En 1993, le coup de tonnerre : le Marais poitevin perd son label de Parc naturel régional (PNR), faute d’accord local sur la gestion de l’eau. Depuis, une mobilisation lente, mais opiniâtre, tente d’inverser la tendance. Un signe fort : en 2014, le label revient, ouvrant un nouveau chapitre, celui de la renaissance.