Une « Licorne », mon œil

Je me lance, depuis que j’ai pu observer tranquillement ces photocopies d’images venues du fond des temps, je me dis, mais bon sang, c’est évident !

Pourquoi ai-je attendu ? Je n’avais pas de légitimité pour parler de ces Lascaugraphies… Ici, nombre de personnes étudient, analysent ces images depuis des années et des années, des scientifiques, des amateurs éclairés et même des interprétologues… puis moi, tombé de nulle part, sans compétences particulières, j’amènerais ma science !

Si, j’ai une petite qualité, si on peut l’appeler comme cela, je suis un homme d’images ; depuis plus de cinquante ans, je suis photographe, pendant trente-cinq ans je photographiais des yeux d’une manière et à une fréquence qui pourrait vous laissez songeur. J’y ai acquis un regard, je ne l’avais pas au départ, devant l’obligation de voir au plus vite (l’œil n’aime pas trop la lumière), j’ai développé un sens de l’image, de l’observation.

Donc, grâce au travail d’artistes et de techniciens, vous, nous pouvons désormais observer presque tout à loisir le bestiaire préhistorique qui sommeille à quelques centaines de mètres de Montignac. Regardons donc ces images.

Regardez cette superbe tête d’Auroch, sa finesse, la justesse des proportions
Puis celle-ci, encore plus fine, plus vivante même !
Et patatras, cela partait bien et une autre tête bien grossière, pourtant, les cornes…

Que s’est-il passé, on reconnait pourtant une patte commune à ces dessins, une maitrise de trait commune à ces images de bovins ? Car oui, ces images ont des caractéristiques tellement personnelles que l’on soupçonne fortement un auteur commun à tous ces bovidés, presque de même taille d’ailleurs.

Une autre image, avec les mêmes caractéristiques que les deux premières, l’œuvre d’un artiste qui n’a pas bénéficié de l’enseignement de l’histoire de l’art, et pourtant, il s’est vraiment bien débrouillé.
Et puis il y a cette licorne aux cornes qui interpellent, mais aussi aux traits grossiers, seul l’arrière-train possède quelques caractéristiques intéressantes comme la réserve sur la patte arrière gauche.

Cette « Licorne » a fait beaucoup parler et couler des flots d’encre, d’autant qu’elle est due à peu près de la même taille que les aurochs. Pour ces cinq images, la probabilité d’un auteur commun est forte, un peu moins pour la dernière. La magnifique propension à respecter les caractéristiques anatomiques des animaux que l’on avait vus, au mieux, plusieurs heures auparavant, est remarquable, pourquoi subitement y déroger et inventer un animal de légende ?

Ecce homo, peinture murale d’Elías García Martínez, fin du XIXe siècle

Cette peinture dont je ne vous présenterai pas la version « améliorée » par Cecilia Giménez, une personne qui a réalisé une restauration très personnelle de la peinture après un nettoyage un peu agressif. Le travail de cette dame étant protégé par le droit d’auteur, je ne montre pas le résultat, mais je vous engage à visiter le lien suivant : la restauratrice maladroite d’une peinture du Christ touchera des droits d’auteur.

D’où les hypothèses que voici pour expliquer nos images tellement différentes des merveilles pariétales à l’esthétisme évident.

Notre artiste n’était-il pas sujet à des troubles psychiques temporaires ou permanents, soit à la suite d’une maladie, de la vieillesse, a-t-il été intoxiqué en peignant, par exemple pour la troisième peinture ou plus simplement sous l’effet de substances psychotropes ? Cette dernière explication justifierait le dessin de cette Licorne si anachronique avec ses « deux » cornes linéaires n’étant plus qu’une mauvaise interprétation de la parure des aurochs ?

Il reste aussi la possibilité, bien que peu probable, qu’un second intervenant ait terminé le travail d’un artiste subitement empêché, voire décédé.

Je m’arrête là, cela fait déjà beaucoup pour une mauvaise licorne et je vous laisse avec cette superbe frise équine.

Sur le site de Lascaux IV, à l’intérieur du Facsimilé

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