Trois heures de réunion d’information avec Laurent Mathieu ‒ 2

Suite d’un premier article.

 

Laurent Mathieu, maire de Montignac, annonce d’emblée qu’il commence « par ce qui fâche : le taux d’endettement », expliquant le graphique ci-dessous, lors de sa réunion avec les administrés lundi 7 décembre 2015 (lire 1re partie ici). Il avait annoncé en début de mandat que l’endettement allait « grimper » et, commentant le graphique, il pointe la courbe bleue qui représente la totalité de l’endettement allant de 1 537 600 € en 2004 à 5 834 500 € en 2015, soit 1 000 € par habitant (courbe bleue), légèrement au-delà de la moyenne (850 €). La courbe orange représente le budget de la commune, avec un bon en 2008-2009 qui s’explique par la construction de l’école effectuée par l’équipe précédente. « Ce budget, ce sont vos impôts qui le financent » dit-il. Les courbes en dessous, ce sont les budgets annexes : 2 703 700 € qui se décomposent en eaux (en vert foncé), assainissement (en vert clair), l’Hôtel d’entreprise (en marron) et le point rouge qui correspond à la chaufferie bois de Lascaux. Ces quatre courbes sont des budgets qui s’équilibrent par les redevances.

Finances et imposition ‒ les dépenses

Les services de l’État ont imposé de refaire l’assainissement à Montignac qui datait de moins de trente ans. L’Agence de bassin Adour-Garonne n’avait pas le même jugement. Cette divergence vient de la situation habituelle qui est dans la norme, ce n’est qu’en cas de fortes pluies qu’il y a rejet direct à la Vézère sans passage par la station d’épuration, ce que prennent en compte les services de l’État, mais qui ne permet pas d’obtenir des subventions de l’Agence de bassin Adour-Garonne.

Face aux travaux qui s’effectuent à Montignac, certains déclarent que leurs impôts vont augmenter. La municipalité avait pris l’engagement de ne pas augmenter les taux d’imposition qu’elle maîtrise, ce qu’elle a fait, l’État décidant des bases de calcul. Par contre, les recettes fiscales ont augmenté, malgré les baisses de dotation d’État, de – 166 000 € cette année, et l’année précédente. Les 3 000 000 € d’endettement pour la commune sont compensés par les 500 000 € de recettes fiscales supplémentaires annuelles. De fait, il faudrait seulement six ans pour rembourser la totalité des emprunts, donc il n’y a pas besoin d’augmenter les impôts.

Finances et imposition ‒ les recettes

« La notion de l’endettement par habitant n’est pas pertinente », selon Laurent Mathieu qui prend l’exemple de l’Hôtel d’entreprises que la commune possède, et qu’elle peut vendre s’il y a lieu, ce qui compenserait le capital de l’emprunt qui est dû. Mais « cet Hôtel d’entreprise est un équipement productif. Tous les mois, la commune perçoit des loyers qui participent partiellement à rembourser l’emprunt. Il faut aussi considérer que ces entreprises participent au budget de la commune par les taxes qu’elles payent. Plus il y a d’entreprises, plus il y a d’emplois et plus les recettes fiscales s’accroissent. Cela est également vrai avec les constructions neuves qui se sont multipliées sur Montignac ».

 

Laurent Mathieu a, une nouvelle fois, rappelé que « la commune ne considérait pas la culture et le sport comme des variables d’ajustement, sauf grosses et mauvaises surprises, il préfère continuer de développer l’économie et avoir de nouvelles recettes ». À l’avenir, de nouveaux équipements, tel Lascaux IV, feront progresser les recettes de la commune. Laurent Mathieu a « remercié, pour le travail collégial qui a été fait, Jacques Cabanel sur son mandat de conseiller général, puis les deux nouveaux élus départementaux Christian Teillac et Nathalie Manet-Carbonière, pour leur collaboration qui fait que la commune a le moins de dépenses possibles à sa charge ».

Vidéo de cette discussion à voir ici (durée 16 minutes).

 

Économies d’énergie

La gestion de l’éclairage public a évolué avec l’extinction partielle et la diminution des durées d’allumage, ceci permettra une économie annuelle de 4 000 €. Par la suite, ces éclairages seront remplacés par des LEDs nettement moins énergivores, mais cela représente un investissement non négligeable.

Les bâtiments publics sont très énergivores et devront être rénovés, isolés, avec une amélioration de leur chauffage. Le maire donne un exemple : « le changement des menuiseries des quatre-vingts fenêtres de l’école élémentaire représente un investissement de 119 832 €. Sur cette somme, le Conseil départemental participe à cette dépense avec une somme de 48 246 €, mais beaucoup reste encore à faire ».

La chaufferie bois de Lascaux, qui va alimenter aussi l’école et la maison de retraite, est une dépense globale de 980 000 € dont 179 500 € sont pris en charge par la Région, 179 500 € également par le Département. 621 000 € restent à la charge de la commune. Cette chaufferie utilise des plaquettes brûlées à très haute température avec un très haut rendement et une absence pratiquement totale de rejet de particules. Ces plaquettes (bois déchiqueté) sont une production locale et renouvelable ; leur coût est moins avantageux que lors de la constitution du projet, du fait de la baisse des coûts du pétrole, mais cette situation ne devrait pas durer. « Cette chaufferie est jugée trop visible, elle sera végétalisée et entourée d’arbres, encore faut-il laisser aux végétaux le temps de croître » souligne le maire.qui explique : « il est vrai que, contrairement aux habitudes, celle-ci n’est pas semi-enterrée du fait des sources issues de la colline de Lascaux ». Laurent Mathieu a appris récemment qu’une seconde chaufferie était en projet, un projet de la communauté de communes pour chauffer la Maison de l’enfance et le Gymnase.

Intercommunalité et sécurité…

La Communauté de Communes Vallée de l’Homme va intégrer les communes de Limeuil et d’Audrix (voir notre information ici). Laurent Mathieu a souhaité qu’il y ait une pause, « l’agrandissement n’apportant qu’un accroissement de l’opacité et pas d’économies supplémentaires ». Ces agrandissements amènent à la fusion des SIAS du Bugue et de Montignac. Le budget SIAS du Bugue était plus réduit que celui de Montignac, car il offre moins de services, et que les personnels, déjà faiblement rémunérés, y sont moins bien traités qu’à Montignac. Des discussions sont en cours pour mettre à niveau les deux SIAS (auxquelles Laurent Mathieu participe comme nous le disions ici). Il y a des demandes de personnes en très grande nécessité qui ne sont pas traitées correctement aujourd’hui.

Lors de la manifestation de paysans devant le chantier de Lascaux IV, des agents de la DCRI ont appris à Laurent Mathieu que Montignac était une cible potentielle du terrorisme de par la présence de Lascaux et de la forte fréquentation d’étrangers. Ils l’ont incité à prendre des mesures, telle l’interdiction du stationnement à proximité de l’école. Ensuite, Laurent Mathieu a expliqué sa décision d’armer le policier municipal, ce qui nécessite de respecter des règles et impose des formations. Il a également annoncé l’arrivée d’une sixième gendarme à Montignac. Puis, on notera une série de questions de la part d’un résident revenant à plusieurs reprises sur le curage de son fossé qui inonde sa propriété lors de fortes pluies. Aziz, animateur de ce débat public, a finalement su reprendre la main sans blesser la personne.

Et à propos de la salle des fêtes qui accueillait l’événement ce soir-là, faut-il en souligner la vétusté ? Dans d’autres circonstances, en faisant fi des règlements et des normes, on imaginerait aisément une mobilisation de citoyens pour la rafraichir, ce qui aurait été possible à une autre époque. Le maire souligne que cette salle sera rénovée et isolée d’ici quelques années.

Au final, on peut affirmer que Laurent Mathieu s’en est bien sorti de cet exercice de haute voltige, non dénué de risques. On a noté au passage la réelle collaboration avec les élus socialistes du Conseil Départemental, une attitude intelligente et pragmatique loin des postures partisanes. Le nombreux public est resté présent tout au long de ces trois heures de débat, et rares sont ceux qui ont quitté la salle avant la clôture de cette réunion.

 

– Remerciements à Élodie Lacoste pour son aide