Tonton Cro-Magnon est de retour

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Reconstitution de Cro-Magnon 1 par Élisabeth Daynes, Musée national de Préhistoire… Reconstitution qui s’avère un peu trop sexy au vu des dernières découvertes !

Il est là ! Pas la copie, la vraie calotte crânienne de Cro-Magnon n° 3 ; attention, vous pourrez aller lui dire bonjour au Musée national de Préhistoire des Eyzies, mais avant le 14 mai, ensuite, il retournera à Paris. À côté de lui, deux moulages des deux autres crânes trouvés dans l’abri Cro-Magnon il y a 150 ans, a priori, ce serait deux hommes et une femme, mais sous toutes réserves.

Calotte cranienne originelle de Cro-Magnon 3 – Musée national de Préhistoire

Ces restes humains ont été découverts dans un abri sous roche, le site de Cro-Magnon aux Eyzies, ils avaient été déposés à proximité sur des remblais juste sous le toit de l’abri. Ces sépultures n’avaient pas été comblées, mais leur accès été probablement interdit, aucun charognard n’ayant laissé de trace sur les os. Par la suite, ces os ont été déplacés, mélangés, sans que l’on n’en sache plus sur ce rituel. Précision, la mort de ces quelques humains remonterait, selon les dernières datations, entre 32 000 et 30 000 ans avant le présent. L’abri avait été découvert en 1868, des ouvriers devant récupérer sur ce site des remblais pour la future voie de chemin de fer.

Reproduction du crane de Cro-Magnon 1, celui qui a servi à la reconstitution d’Isabelle Daynes. Dernière nouvelle toute fraiche en bas d’article.

Pas d’autres os ne sont présentés au Musée, il y a quelques morceaux (160), mais on ne sait à qui les attribuer ! Ceux qui affirment que l’on a trouvé les squelettes de 4 à 5 personnes sont attendus au Muséum d’histoire naturelle de Paris pour reconstituer le puzzle. C’est d’ailleurs pour cela que Catherine Cretin serait bien en peine de présenter ne serait-ce que des moulages, car elle devrait en faire un tas, une dispersion ou quelque chose dans le genre contemporain, mais en aucune façon elle ne pourrait reconstituer des squelettes avec des éléments dont on ignore à quel crâne les attribuer. Pas question de se précipiter sur les crânes et les os originaux pour les analyser, on ne dispose pas à ce jour des techniques pour aller plus avant ; le temps travaille pour la science, même si nous pourrions être impatients.

Reproduction du crane de Cro-Magnon 2, l’entaille sur la tête est un accident arrivait après le décès de cette personne, peut-être une femme, mais on en a aucune assurance.

Après une cérémonie tout ce qu’il y avait d’officielle, était organisée une table ronde « Espèce(s) de Cro-Magnon ! » avec cinq intervenants de haut niveau : Céline Bon, paléogénéticienne et Florent Détroit, anthropologue, du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, Damien Flas, paléolithicien, attaché de recherche à l’Université de Lièges (Belgique), Noël Coye, historien des sciences, conservateur du patrimoine au PIP, et Sébastien Villotte, anthropobiologiste au UMR PACEA (Bordeaux). Précisons que, tout comme la scénographie de l’exposition, c’est madame Catherine Cretin, archéologue, conservateur du patrimoine, Musée national de Préhistoire, qui a eu l’initiative d’organiser cette table ronde.

Table ronde pour les 150 ans de Cro-Magnon : « Espèce(s) de Cro-Magnon ! »

Parmi les différents éléments discutés, en voici quelques-uns de marquants :

  • Les Cro-Magnons n’ont pas dessiné Lascaux, ce n’était pas la même population, ils étaient grands, sportifs et costauds, les graffeurs de Lascaux étaient trapus et moins charpentés. Les peuples se sont succédé sur les mêmes lieux, plus ou moins gentiment, mais peut-être ne se sont-ils pas croisés, l’histoire se révèle immensément complexe. L’interprétation des analyses génétiques brouille les idées précédentes, les multiples croisements bouleversent les certitudes.

  • Cro-Magnon avait-il la peau blanche ou noir ? Très probablement, elle était noire, la mutation ayant entrainé l’apparition des peaux blanches étant postérieure.

  • L’étude des dissymétries des squelettes évoque celle des sportifs (tennisman en particulier) de haut niveau. Celle-ci n’est observée que chez les mâles, on peut donc conclure à une séparation des tâches très ancienne.

Céline Bon, Florent Détroit, Noël Coye et Damien Flas

Sébastien Villotte finalise les premières analyses des os de Cro-Magnon depuis les années 1965, nous en saurons peut-être plus prochainement. Les techniques de scanner à haute résolution qu’il a employé permettraient, s’il y a des budgets pour cela, de réaliser des copies de grande qualité de ces ossements.

Sébastien Villotte a un peu était la vedette de la soirée

Si le sujet vous passionne, vous pouvez lire l’article très complet sur Hominidés : « Les squelettes de l’abri Cro-Magnon, datation et pathologie. Évolution des idées » par Brigitte Delluc et Dr Gilles Delluc.

Catherine Cretin, archéologue, conservateur du patrimoine, Musée national de Préhistoire, qui a eu l’initiative d’organiser cette table ronde.

Dernière nouvelle, la dégradation sur le crâne de Cro-Magnon 1 ne serait pas due à une histiocytose langerhansienne, une maladie orpheline (identifiée par le Dr Pierre-Léon Thillaud), mais une maladie de Von Recklinghausen, autrement dit une neurofibromatose 1. La première présente une prévalence de 1 à 2/100 000, la seconde de 1/3 à 4 000, donc nettement moins rare. Ceci est le résultat d’une nouvelle étude de Philippe Charlier et Antoine Balzeau publiée le 31 mars 2018. En conséquence, Cro-Magnon 1 n’était pas beau, et il avait probablement divers désagréments.

Le crâne a-t-il été scanné deux fois, une fois par l’équipe ci-dessus, une autre par Sébastien Villotte ? Quoi qu’il en soit, les deux équipes auraient intérêt à se rapprocher, car si cette personne, ce squelette atteint d’une maladie de Von Recklinghausen, il semblerait que d’autres de ses os devraient être porteur d’atteintes osseuses. Mais, comme dit plus haut, on ne sait pas à qui appartient le puzzle osseux des Cro-Magnon, voilà une belle occasion de les appareiller !

 

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