Montignac par les cartes — 1

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Bien qu’il y ait peu de cartes anciennes de Montignac, leur étude est instructive pour retracer en partie l’histoire de la commune. Avant le XVIIIe siècle, Montignac apparait sur des cartes du Sarladais, c’est une cité assez importante dans le secteur plus que Terrasson et dont l’équivalent le plus proche dans la vallée de la Vézère est Limeuil. En 1625, Montignac apparait sur une carte du diocèse de Sarlat sous la forme d’une cité fortifiée autour de son château, reliée par un pont à un petit Barry. Sur une carte moins symbolique de François Ferry de 1696, le Barry prend de l’importance, occupant environ 40 % de la surface de la cité rive droite. Sur celle-ci, Lasaut apparait, ce serait Lascaux pour Xavier Pagazani.

Carte de Montignac de 1696

Le XVIIIe siècle est celui où l’aménagement du territoire est redevenu une préoccupation majeure, d’abord avec la volonté de rendre navigable un maximum de rivières, la Vézère conserve encore les restes de quelques écluses, mais aussi en développant le réseau routier. À cette époque et probablement pour accompagner cet aménagement, on est plus fourni en carte de belle définition. La première, retrouvée par Xavier Pagazani aux archives de Bordeaux daterait, selon son estimation, d’entre 1728 et 1758. Sur celle-ci, on voit pour la première fois apparaitre une nouvelle et large rue, actuellement nommée rue du 4 septembre, ainsi que, dans son prolongement, la nouvelle route de Sarlat ; l’ancienne route de Sarlat par la rue du Barry est également présente. On constate un léger rétrécissement au niveau du Barry qui a aujourd’hui disparu. Sur l’autre rive, on n’a pas fait mention de l’ancienne rue qui menait au vieux pont, mais l’on peut constater que la rue de la Liberté, la route qui venait de Périgueux, a été prolongée jusqu’à la Vézère. Vers l’est, seul le chemin de Saint-Pierre est mentionné, l’esquisse de la future rue de Juillet ne débouche nulle part et il n’est représenté des habitations que d’un seul côté.

Carte de Montignac entre 1728 et 1758. Peut-on soupçonner des fortifications identiques à celles visibles sur la carte de Belleyme ?

En 1768, est publié la carte de l’ingénieur géographe du roi Louis XV, Pierre de Belleyme, ce fond de carte sera également édité par deux fois par les éditions Cassini, a priori sous l’égide de Cassini III : César-François Cassini de Thury (1714-1784). Ces cartes de Cassini sont pour l’une de résolution plus réduite, mais en couleur, aquarellée et issue de l’exemplaire dit de « Marie-Antoinette » éditée entre 1773 et 1779, une seconde version plus précise, mais sans couleur est plus instructive, la route principale y est soulignée de pointillés, figurant des arbres ou son importance ? Elle provient de Vialot (et de Périgueux ?), passant au-dessus d’Auriac, et se dirigeant vers la rue de la Liberté ; ce segment à fait l’objet de modifications, apparemment des contournements pour adoucir la pente. À cette époque, le pont est marqué et sur l’autre rive, la route1 rejoint l’ancienne route de Sarlat après quelque 20 km, puis au-delà de Sarlat se prolongeait vers Domme et au-delà sur une dizaine de km, puis s’évanouissait, elle était encore en cours de construction. Une route partait du nouveau pont jusqu’à Saint-Léon-sur-Vézère, puis rien ne la prolongeait au-delà.

Carte de Cassigni (issue de la carte Belleyme)

On doit en déduire qu’il y avait une volonté de reconstituer et de moderniser l’ancienne voie de Sarlat, et que l’actuel Pont Vieux était un élément de cette liaison. Si nous en doutions, la largeur de l’ouvrage est là pour l’illustrer, il avait la capacité de laisser se croiser de grosses diligences, une liaison purement interne à Montignac n’aurait pas nécessité un tel ouvrage.

Carte de Belleyme de 1768
Extrait de la carte ci-dessus

La carte de Belleyme, plus détaillée, mais comportant les mêmes détails tels les moulins ou les paroisses, on voit apparaitre l’esquisse de la rue de Juillet, avec le premier signalement de la maison du n° 70 qui évoque une construction très ancienne ? Outre un moulin indiqué à côté de l’église St-Pierre-es-Liens (noté que sur les deux cartes, Belleyme et Cassini, l’ancienne paroisse Saint-Pierre est signalée avec un clocher penché !), nous distinguons clairement des fortifications autour des quartiers du Bénaguet, de la Plaça et du Barry, vu la précision du dessin, on n’a peu de doute sur la réalité de ce signalement.

Maison au 70 rue de Juillet. Si les fenêtres du premier étage peuvent être discutables, les quatre grandes arches du bas interpellent. Que fait un bâtiment si ancien dans ce secteur ?
Carte Cassini dite de « Marie-Antoinette » éditée entre 1773 et 1779

 

 

1) Sur un plan du secteur des Clarisse de 1772, la rue du 4 septembre est nommée la Grande route de Sarlat.

 

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