L’urbanisme de Montignac, un atout à mettre en valeur

Montignac, écartelé entre Lascaux et les aménagements urbains censés drainer en centre-ville une partie des visiteurs, se détourne du Montignac médiéval, celui du temps de la grandeur de la cité ; la petite ville d’aujourd’hui ne s’est pas encore remise la perte de sa richesse passée. La persistance de l’image d’un vieux pont en bois participe-t-elle à cette vision qui minimalise l’ancien rôle de la ville, atténue la perte de cette grandeur passée ?

Les Clarisses, l’un des trois établissements religieux de la rive gauche, signe de la vitalité de ce secteur

Carrefour entre la Vézère et l’une des rares et importantes voies de communication terrestre d’avant l’époque moderne, allant du nord-ouest au sud-est. L’endroit a connu deux cités, l’une Gallo-Romaine, Les Olivoux situées près d’un gué au Chambon, ville que l’on avait « oubliée » durant une centaine d’années, l’autre médiévale bâtie autour d’un pont fortifié et d’un château a été tout autant ignorée. Entre ces deux époques, un trou noir de près de mille ans, une absence d’information, rien même sur le passage des Vikings qui ont emprunté la Vézère pour aller piller et ravager Terrasson, Saint-Amand-de-Coly et probablement Brive ; sont-ce eux qui ont nettoyé la mémoire du premier millénaire ? Au XVIIIe siècle cet axe majeur, voie royale à l’époque, reliant La Rochelle et l’embouchure de la Loire à la méditerranée traversait encore la Vézère à Montignac, rivière qui a longtemps assurait la logistique de l’économie locale.

Carte de Belleyment (1768 ?), on remarque les remparts du Barry, du Beynaguet et de la Plassa. Cette carte montre la nouvelle et l’ancienne route de Sarlat, les routes de Périgueux et de Brive se séparaient près d’Auriac-du-Périgord, pas de voie au-delà de l’esquisse de la rue de Juillet, et la route du sud-ouest s’arrêtait à Saint-Léon-sur-Vézère.

Sur les premières cartes détaillées de Belleyme ou de Cassini, l’empreinte de la cité médiévale est encore imposante près de deux cents ans après la destruction du pont en 1580. Sur celle de Belleyme, on voit nettement des remparts encerclant les différents quartiers de la ville, le Beynaguet et la Plassa d’une part, le Barry de l’autre, des remparts qui ont perduré deux cents ans. À partir des guerres des religions, ceux-ci étaient devenus inutiles face à l’artillerie ; pourtant ils devaient être suffisamment identifiables pour qu’on les fasse figurer sur une carte. Un système à doubles remparts devait exister, comme à Bergerac, des remparts pour le Bourg castral d’une part, et pour à la périphérie de la commune de l’autre. Contrairement à Bergerac où les remparts extérieurs avaient était modernisé dans le style de Vauban, ceux de Montignac ne l’ont pas été.

Maison à l’angle de la rue de l’Archiprêtre Noël et de la rue Eugène Leroy

Tout semble s’être arrêté en 1580, son pont détruit, Montignac s’est endormie. Au milieu du XVIIIe siècle, l’espoir renaît, on modernise l’axe Périgueux-Sarlat par Montignac et l’on crée une nouvelle rue « hors d’eau », la rue du 4 septembre, on bâtit de par et d’autre de cette voie et un pont en pierre termine cette liaison. Seulement cette route n’est plus la seule, en 1851 la commune compte 4 010 habitants, ensuite le train arrive à Terrasson en 1860 et en 1876 la population de Terrasson rattrape celle de Montignac à 3 684 habitants, puis les deux villes divergent. L’arrivée très temporaire du train à Montignac n’y fera rien, la population au XXe siècle ne dépassera que rarement les 3 000 habitants pendant que celle de Terrasson est du double, l’effet Lascaux n’a eu aucune répercussion. Nous n’avons pas trouvé de données sur le peuplement plus ancien de la cité.

Rue de la Liberté, un ancien relais de poste, semblerait-il ? Un des rares bâtiments construits après la destruction du pont et avant la construction du pont actuel ?

Le bâti résiduel de l’époque antérieure à 1580 est loin d’être négligeable dans la cité actuelle, il parsème le bourg, parfois à bonne distance du centre, signe de l’importance et de l’ancienneté de ce tissu urbain. L’étude de l’urbanisation à côté de l’inventaire du bâti architectural serait à entreprendre pour fixer nos connaissances sur la commune et valoriser son patrimoine. Moderniser la cité, oui, mais sans dénaturer ce que les touristes attendent, désormais la principale ressource de l’économie. S’ils viennent dans ces contrées, c’est pour l’histoire, le patrimoine, les paysages, un art de vivre, pas pour un ersatz de métropole que l’on ne pourra jamais leur offrir, sauf à développer une improbable activité économique ; la ville est hors des grands axes de communication, loin des centres d’activité moteurs.

Rue de la Pégerie, de très anciennes maisons

Envisager le classement de Montignac comme Petites Cités de Caractère ? Cette labélisation a été créée en Bretagne au milieu des années 70, Les plus beaux villages de France concernant les communes de plus petite taille, ce dernier classement qui a été créé à Collonges-la-Rouge en 1982. La charte n’est pas trop exigeante, mais réclame que l’on prenne soit du patrimoine local, ce qui n’a pas été jusqu’ici, la préoccupation majeure de la commune.

On aimerait en savoir plus sur cette belle maison rue de juillet, une rue qui ne débouchait sur rien à l’époque…

 

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