Le troisième homme de l’Altaï est chez nous

Jean-Jacques Cleyet-Merle, Directeur du musée national de Préhistoire, n’est pas peu fier de présenter ce troisième homme

Vous ne le voyez pas ! Je vais vous le montrer, il est ci-dessous.

Une molaire et et un tout petit bout de phalange de l’homme de Dénisova, en bas à droite

Il est là ! Le petit bout de phalange, découverte en 2008, si petit, moins d’un centimètre sur sa plus grande dimension, à côté de lui, une molaire de taille plus respectable, découverte en 2000. C’est tout ce qu’il nous a transmis à ce jour l’homme de Dénisova, et cela a suffi pour bouleverser (un peu plus) nos connaissances de nos proches origines, un autre homme que Sapiens et Neandertal, tout s’arrange ! Pourtant, la science a pu analyser ces maigres éléments, en extraire l’ADN en 2010 et déjà de nombreuses d’hypothèses ont été échafaudées.

Éléments de parure (de la grotte de Dénisova ?)

Définir une troisième lignée humaine sur la base d’éléments aussi ténus a de quoi surprendre, mais ce résultat est aussi un immense plaidoyer pour une protection maximale de tous les sites, pour une politique généralisée de protection du capital archéologique. La course au trésor n’a plus lieu d’être, la richesse peut se cacher dans des éléments les plus minimes, les moins gratifiants pour les fouilleurs de tout poil à la recherche de trophées, de l’objet extraordinaire. Les progrès de la science, des sciences sont continus, mais plus on regarde au loin, dans le temps ou dans l’espace, et plus l’exigence de rigueur est grande, car plus des perturbations minimes peuvent fausser les résultats.

Salle de l’exposition temporaire « Le Troisième homme de l’Altaï »

Maintenant, l’ADN suffit-il à caractériser une espèce… tous sont loin d’être d’accord, mais cette exposition fait réfléchir et présente des pièces d’une grande valeur, cela suffit.

Des pièces de multiples sites de l’Altaï sont présentées, ici du site de Kara Bom

Quel intérêt à déplacer des richesses archéologiques pour les exposer à la vue du public, surtout pour des éléments aussi ténus, cela ne peut-il pas s’apparenter au culte des reliques au Moyen-Âge ?

On a même la visite du grand oncle Dimitri, un Neandertalien de l’Altaï

Cette exposition restera au Musée national de Préhistoire jusqu’au 13 novembre, avec d’autres richesses archéologiques de l’Altaï, une première pour l’archéologie russe et à côté d’eux, des pièces tout aussi remarquables de la grotte Mandrin à Malataverne, de Saint-Césaire et d’Arcy-sur-Cure.

Interview de Bernard Vandermeersch, Docteur ès Sciences, ancien Professeur d’Anthropologie à l’Université de Bordeaux, Docteur honoris causa de l’Universidad Nacional de Educatión a Distancia, par l’équipe de TV Ferrassi – https://www.f-tv.info/ En arrière plan, une carte de l’Altaï localisant les différents sites exposés.

Vendredi 30 juin pour l’inauguration, Jean-Jacques Cleyet-Merle, directeur du musée national de Préhistoire, a invité Alain Fallot, maire de Malataverne, Andrei Krivoshapkin qui représentait Mikhail Shunkov, directeur de la base permanente de « Denisova Cave », de Académie des Sciences de Russie à Novossibirsk, Bernard Vandermeersch, ancien Professeur d’Anthropologie à l’Université de Bordeaux, Dominique Dupuis-Labbé, conservatrice générale du patrimoine au Ministère de la Culture et Sylvie Hubac, présidente de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais des Champs-Élysées. Ces dernières assurant le financement et l’édition du catalogue de l’exposition en deux versions, française et anglaise, un document de référence international.

Une conférence de très haut niveau

Dmitriy Tcheremisin et le professeur Anatoli Derevianko de l’Institut d’Archéologie et d’Ethnographie de la branche sibérienne de l’Académie des Sciences de Russie

Jeudi 14 juin 2017, devant une centaine de personnes dans l’amphithéâtre du Musée National de préhistoire, le professeur Anatoli Derevianko, directeur de l’Institut d’Archéologie et d’Ethnographie de la branche sibérienne de l’Académie des Sciences de Russie, a exposé sa théorie sur l’origine unique des différentes branches d’humanité avant l’homme moderne. Précisons que l’exposé a été écrit par le professeur, mais lu en français durant plus d’une heure par Dmitriy Tcheremisin, chercheur dans le même institut, une performance, il s’est attaché à prononcer le plus correctement ce texte ardu.

L’ancienneté de l’archéologie russe et ses liens avec la France ont été soulignés d’entrée. La richesse des sites de ce pays est impressionnante, Denisova, par exemple, a connu une occupation de -300.000 à -20.000 ans, avec des périodes où sa population a voisiné avec Neandertal, une évolution continue des technologies lithique. Anatoli Derevianko a développé sa théorie d’une origine multiple et hybridée de plusieurs lignées (sur la base de multiples analyses génétiques et d’autres nombreux éléments scientifiques), ce travail a était édité sous la forme d’un livre en russe et en anglais.

La soirée était animée par Catherine Cretin, conservatrice. Une bonne partie du public est restée pour la discussion qui n’en a pas était une, vu que personne n’a émis d’avis contraire. Une jeune femme, Evgeniya Osipova, a repris la traduction lors de celle-ci. À la question sur cohabitation policée ou guerrière entre l’homme de Denisova et Neandertal, il a été répondu qu’on ne pourrait le savoir que si l’on y était ! Rappelant la difficulté de la vie dans ces temps-là et que la pratique du cannibalisme était courante, même au sein d’un même groupe.

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Ces conférences de haut niveau au Musée National de préhistoire sont ouvertes à tous, gratuites, mais il est prudent de réserver, d’annoncer sa venue. Ces conférences sont annoncées sur le site du Musée, si vous souhaitez vous impliquer plus avant, il existe aussi une Société des Amis du Musée National de Préhistoire et de la Recherche Archéologique des Eyzies (SAMRA).