Le Randal 2016, à la recherche de bergers

 

Ils étaient bien là, les quatre cents randonneurs aux Péricoux à Condat-sur-Vézère pour attendre la centaine de moutons de Thierry Delpech ; ceux-ci avaient passé la semaine qui précédait au-dessus du hameau, dans un terrain nettoyé de quelques arbres au printemps dernier. De la musique, des drapeaux et des T-shirts occitans en nombre, des battons de marche et des marcheurs faisant des étirements, des caméras, des appareils photo, tout cela pour accompagner ce maigre troupeau venu de Proissans pour l’occasion, et où il repartira une fois la fête terminée. Bien clairement exprimée, la demande d’attacher les chiens était loin d’être respectée, vous pensez, attacher un presque membre de la famille, même si c’est un border collie… désespérant comportement de certains.

Transhumance Lou Randal 2016
Thierry Delpech au centre, éleveur, et Stéphane Roudier à droite, maire de Condat-sur-Vézère
Transhumance Lou Randal 2016
Dans l’assistance, on distingue (de gauche à droite) Régine Anglard, vice-présidente du Conseil départemental chargée de la culture et de la langue occitane, Thierry Delpech, éleveur ovin, l’abbé Deljarrit, ?, et Stéphane Roudier, maire de Condat-sur-Vézère

C’était clairement signalé par l’organisation, plus encore par Thierry Delpech, cette manifestation est essentiellement une de sensibilisation et une promotion au pastoralisme et à l’agneau du Sarladais, d’ailleurs, c’est une transhumance à sens unique, il n’est pas prévu de retour d’estive. Pourquoi promouvoir le pastoralisme ? Parce que celui-ci permet de lutter contre la déprise agricole tout en entretenant les paysages et les milieux ouverts qui, sinon se dégradent, prévenir le risque d’incendie et maintenir une activité agricole de proximité et durable. Les moutons se nourrissent de graminées, mais ils apprécient, ils préféraient même les arbustes des sous-bois, à commencer par les cornouillers, mais aussi les noisetiers et tout autre arbuste, sauf les genévriers ; soit le même régime alimentaire que les chevreuils, ce qui donne son goût à l’agneau. Des manifestations équivalentes sont régulièrement organisées dans le Sarladais, toujours sous l’impulsion de Thierry Delpech. Participaient à l’événement les communes de Coly, Saint-Amand-de-Coly, Ladornac, Lacassagne, Les Farges, Aubas et Condat sur Vézère dont le maire, Stéphane Roudier était à la tête de l’organisation.

Un temps, le pastoralisme dans les bois a permis aux bergers de faire face à la faible ressource en fourrage, ce qui n’est plus vrai depuis ces quatre derniers printemps. Nettoyer les sous-bois ? Premiers concernés, les propriétaires de Terrains boisés, car le débroussaillage autour des habitations est plus qu’une nécessité, c’est une obligation du Code forestier. En dehors des bois, il existe de multiples ressources de pâturage disponibles en Périgord telles les noyeraies si l’on choisit de recourir aux moutons à la place des broyeurs mécaniques qui peuvent abimer les arbres, mais aussi les couverts végétaux obligatoires pour les intercultures et même les truffières qui ne s’en porteraient que mieux, certaines vieilles truffières sont redevenues productives après trois années de pâturage par des moutons. Un petit tour dans le Lot et vous rencontrerez couramment des moutons sous les noyers.

Transhumance Lou Randal 2016
Les moutons sont clairement attirés par les buissons et leurs feuilles fraiches, moins par la bénédiction en occitan
Transhumance Lou Randal 2016
Impressionnant travail des chiens de berger, qui courent à grande vitesse autour du troupeau et mordent avec mesure les moutons pour leur imposer une direction

La ressource existe, si tant est que les propriétaires veuillent bien la mettre à la disposition des bergers, au minimum gratuitement, ceux-ci effectuent un travail qui mériterait même d’être payé. Pourtant nombre de jeunes, ruraux ou citadins, sont attirés par ce genre de vie, ce rapport à la nature ; encore faut-il que la viabilité de tels élevages soit avérée. Le pastoralisme est largement encouragé, en particulier dans le cadre de l’opération Grand Site de la Vallée de la Vézère qui nécessite de nettoyer les coteaux de la Vézère. Il est douteux de trouver des candidats bergers parmi les randonneurs qui ont accompagné le Randal. C’est tout le problème, inciter des bergers à se lancer dans l’aventure, c’est bien, encore faut-il que l’opération soit rentable, que des terrains leurs soient ouverts soient en nombre suffisant et dans un périmètre géographique assez restreint. Cela risquerait encore de se compliquer un peu plus avec l’apparition du loup dans nos campagnes qui entrainerait des surcouts et une charge de travail supplémentaire. Nous essayerons d’avoir plus d’éléments à vous faire partager sur ce sujet.

Transhumance Lou Randal 2016
Drapeau occitan à gauche et banderole de l’agneau du Sarladais à gauche
Transhumance Lou Randal 2016
Les moutons ouvrent la route au départ de Condat-sur-Vézère
Transhumance Lou Randal 2016
T-shirt occitan en nombre et même grand drapeau à croix occitane

Après une randonnée de six kilomètres, un repas attendait les randonneurs avec moult musiques occitanes, mais est-ce que le marquage occitan ne vient pas perturber le message ? À la fin de la fête, tous les randonneurs retourneront vers leurs véhicules garés dans une prairie en plein soleil, à peu près au même nombre que les moutons, et toutes les climatisations ronronneront en cœur… L’aspect durable n’est alors pas à l’ordre du jour.

Transhumance Lou Randal 2016
Une partie des véhicules des randonneurs

 Courte vidéo au son très imparfait, mais pas inintéressante

Textes et photographies : Jean-Luc Kokel

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