Le Fils de Neandertal, ou le secret de nos origines

On voudrait tellement y croire…

Bruno Maureille : Paléoanthropologue, directeur de recherche au CNRS au Laboratoire PACEA (de la Préhistoire à l’Actuel : Cultures, Environnements et Anthropologie) de Bordeaux.
Nicolas Teyssandier, chargé de recherche au CNRS, UMR 5608-TRACES, Université Toulouse Jean Jaurès, chargé de mission Préhistoire/Archéologie CNRS-INEE

Lundi 26 juin, pour la fête du cinéma au Musée national de Préhistoire, projection d’un documenteur, est-ce pertinent ? Bruno Maureille, directeur de recherche au CNRS à Bordeaux, et Nicolas Teyssandier, chargé de recherche au CNRS à Toulouse, ont participé au film « Le Fils de Neandertal, ou le secret de nos origines », un documentaire-fiction de Jacques Mitsch produit par Arté et diffusé le 1er avril 2017. Fallait-il y participer, nos deux scientifiques ont dû se justifier face à quelques critiques, d’autant que le film était projeté en juin au Musée ! Ils assument totalement la pertinence de leur choix. Beaucoup auraient voulu croire à la fable de ce film, Neandertal y est présenté comme un écologiste avant l’heure, protecteur de la nature et paré de moult qualités, mais qui nous aurait transmis, entre autres, le gène de l’addiction… on le voit fumer !

Éveiller les consciences face aux supercheries, nombre de documentaires sont présentées trop rapidement comme scientifiques, même si des scientifiques sont utilisés comme référents. Rester vigilant face aux films hâbleurs et sensationnalistes, tel était le but de ce documenteur aux ficelles parfois bien grosses, mais dans l’air de temps des croyances et des attentes de beaucoup, une démarche sur la fiabilité de l’information. Le film projeté au Musée recourt aux mêmes méthodes, aux mêmes ficelles pour se rendre crédible, bien que des éléments franchement douteux* y ont été intégrés dès le début, au moins détectable par des personnes averties et possédant quelques connaissances en matière de recherches archéologiques.

Les deux scientifiques ont cité le documentaire diffusé sur M6 quelques jours plus tard dont la théorie évoquée : « Seuls les hommes, les chimpanzés et les bonobos font de la politique et la guerre, fabriquent des outils, donc on considère que cela vient de Toumaï », est pour le moins suspect, voire mensongère. Toute reconstitution sociale d’êtres disparus, des groupes d’hominidés par exemple, ne peuvent s’appuyer sur aucune connaissance sérieuse. Souvent, dans ce genre de production, la science n’est sollicitée que pour apporter une caution. Les chercheurs sont des gens comme les autres qui peuvent finir par vouloir trouver ou démontrer ce qu’ils espèrent, mais la science fonctionne différemment, la vérité scientifique ne se satisfait pas d’une seule publication, mais d’un faisceau de présomptions pouvant toujours être remises en question par de nouvelles découvertes. Alors qu’Hominidés (qui est derrière cette publication?) semble tout admettre en bloc ce film, les commentaires sur une analyse critique plus pertinente du film auquel Pascal Picq a collaboré (quel niveau de collaboration ?) sont édifiants, que le chemin est long…

Beaucoup veulent y croire, veulent croire à tout, même aux hypothèses les plus fantaisistes, les plus improbables. Qu’il soit difficile d’essayer de rester objectif en ces temps où les réseaux sociaux font la loi, où, se regroupant par affinité, les adeptes de telle ou telle théorie se comptent et se persuadent de détenir La vérité, même face à des éléments flagrants, le nombre fait loi. Est-ce une grandeur de l’être humain que de croire à tout, à rien, comme cela avait été discuté deux jours plus tôt au Pôle international de la Préhistoire : « Sur les traces de la spiritualité », n’est-il pas plus évolué d’admettre ce qui semble logique, le plus proche des connaissances scientifiques que de recourir à des croyances d’un autre âge, que d’accepter des explications abracadabrantesques pour tous les phénomènes dont nous n’avons pas encore d’explications logiques  ?

Bruno Maureille et Nicolas Teyssandier après la projection du Fils de Neandertal ou le secret de nos origines, un documentaire-fiction de Jacques Mitsch

* Une femme moderne, Sapiens, qui aurait été fossilisée lorsqu’elle accouchait d’un enfant néandertalien ou du très lourd avec cet homme actuel qui posséderait 66 % de gènes de Neandertal