Inventaire du patrimoine de la Vézère – État de parcours

Vendredi 18 mars 2016 au cinéma Le Vox, devant une salle pratiquement comble avec la présence trois élus départementaux, a été présenté un bilan intermédiaire de l’Inventaire du patrimoine de la Vézère. Depuis 2011, des chercheurs du service départemental de la conservation du patrimoine de la Dordogne, sous la responsabilité scientifique et technique du service régional du patrimoine et de l’inventaire d’Aquitaine, œuvrent pour réaliser ce travail qui concerne le secteur du Lardin-Saint-Lazare jusqu’à Limeuil, ce qui représente 39 communes et qui a vocation à accompagner les politiques conduites en matière d’aménagement, de culture, d’éducation et de tourisme. Seuls les résultats de la partie haute de la vallée ont été exposés, soit ceux concernant une quinzaine de communes autour de Montignac. Une version plus étoffée de l’étude sera disponible au mois de septembre 2017, à cette date, durant les journées du patrimoine, plusieurs manifestations seront programmées autour du thème « un certain regard sur la vallée de la Vézère » et un livre synthétisant ces travaux sera édité dans la collection « Images du patrimoine ». Ce travail d’inventaire doit se terminer en 2018.

Étaient présents à cette conférence : Ludovic Pizano et Vincent Marabout du Conservatoire du patrimoine départemental de la Dordogne et Xavier Pagazani du Service régional du patrimoine et de l’Inventaire d’Aquitaine (photographie ci-dessus) ; Line Becker était absente.

Ludovic Pizano et Vincent Marabout (du Conservatoire du patrimoine départemental de la Dordogne) et Xavier Pagazani (Service régional du patrimoine et de l'Inventaire d'Aquitaine). Line Becker était absente
Ludovic Pizano et Vincent Marabout (du Conservatoire du patrimoine départemental de la Dordogne) et Xavier Pagazani (Service régional du patrimoine et de l’Inventaire d’Aquitaine). Line Becker était absente

Vidéo : discours de madame Régine Anglard présentant cet inventaire

Line Becker absente, Vincent Marabout n’a eu que la journée pour reprendre son travail. Cet exposé pour l’Antiquité au Moyen-Âge en se concentrant sur l’architecture religieuse, correspondant pour le Montignacois, aux travaux de l’abbé Marquay « Montignac-le-Comte, Montignac sur Vézère ». Les plus anciennes paroisses sont organisées assez tôt, du 5e et 6e siècle, sur d’anciennes villæ romaines telles à Saint-Léon-sur-Vézère, dont l’église actuelle de type préroman, bâtie vers le XIIe siècle. La plus grande partie des églises du secteur présentent une grande ancienneté, avec parfois des réemplois d’éléments plus anciens. La présentation se termine sur un focus sur l’Abbaye de Saint-Amand-de-Coly qui aurait été fondée au 6e siècle, protégée d’une enceinte de 50 m de long sur 40 m de largeur, le cloitre a disparu. L’église actuelle a été construite vers les XII et XIIIes siècles avec un système défensif d’une dizaine de bretèches installées dès le XIIIe siècle.

Abbaye de Saint-Amand de Coly, ses fortifications avec la porte sud
Abbaye de Saint-Amand de Coly, ses fortifications avec la porte sud

 

Xavier Pagazani développe le patrimoine paysager qui est aussi la lente stratification des activités humaines, il s’est donc attaché à remonter dans le temps pour nous faire découvrir les paysages anciens en exploitant des archives très dispersées, certaines bien éloignées des rives de la Vézère. Les cartes sont de précieux alliés, tout particulièrement celle de Beyllème en 1768 qui indique les plantations de manière très précise, mais aussi les données du cadastre.

Le XIIIe siècle est une période d’incastellamento (ou d’enchâtellement) qui a vu la multiplication des châtelleneries sur les douze paroisses de Montignac, des chevaliers liés au seigneur de Montignac qui ont été remerciés par ce dernier par l’attribution de terres, ce qui a produit dans cette vallée une densité nobiliaire assez inhabituelle.

Le bourg de Saint-Léon-sur-Vézère, bâti sur une ancienne villa, comme d’autres bourgs, ce qui indique que les paysages de fond de vallée ont été très tôt cultivés. Ce bourg, fermé de fossés, compta trois châteaux dont édification remonterait à la première moitié du XIIIe siècle et qui étaient liés à des péages par terre et par eaux. Plazac, Auriac et d’autres étaient aussi fermées de fossés.

Chateau de La Salle, XIII e siècle
Chateau de La Salle, XIII e siècle

Une particularité de Montignac, en intra-muros on trouvait trois moulins dans le bourg sur une dérivation de la Laurence, le Bombarou. À la même époque, Bergerac a vu se constituer le même système de dérivation, le Caudeau, avec aussi trois moulins, Bergerac et Montignac avaient en ces temps-là le même seigneur, Renaud III de Pons.

Analyse archéologique du bâti et parfois la datation des bois (analyse dendrologique) ont permis de dater des constructions de la vallée de la Vézère, tels les châteaux de Saint-Léon-sur-Vézère ou encore la maison dites d’Albret à Montignac que l’on croyait un peu plus ancienne et qui a été construite entre 1476 et 1490 ; l’étude de la charpente de celle-ci montre qu’elle était couverte de lauzes ; cette maison était autrefois un chaix.

La vigne été partout présente dans la vallée de la Vézère, on la retrouve sur les cartes anciennes ainsi que les constructions qui l’accompagnait, pigeonniers et cabanes, ces dernières étant bien plus anciennes que ce que l’on supposait. Le château de Lascaux était ceint de vignes, et il n’était pas le seul. Il y avait aussi un commerce sur la Vézère avec des barriques qui étaient envoyées vers le nord, mais aussi vers Bordeaux.

Ceci n’est qu’une partie des nombreuses informations, parfois évoquées succinctement et concernant toute la vallée, Xavier Pagazani a écourté sa présentation. Il avait bien plus d’informations à nous faire partager et il a conclu sur le château de Losse qui représente pour lui le paradigme idéal du lien intime entre l’architecture, la Vézère et les paysages.

Maison avec un encorbellement en pans de bois au-dessus d'une retenue du Bombarou, actuellement place de l'Église
Maison avec un encorbellement en pans de bois au-dessus d’une retenue du Bombarou, actuellement place de l’Église

 

Vincent Marabout aborde le XIXe siècle élargi sous le signe de la rupture, des temps modernes. La petite industrie rurale locale va souffrir de la grande industrialisation du nord-est- de la France, telle la métallurgie qui va perdre ses hauts-fourneaux. En agriculture, on note l’arrivée du tabac à partir dans la deuxième moitié du XIXe siècle, mais surtout à partir de 1875 et durant 15 ans, les ravages du phylloxéra qui détruit la presque totalité du vignoble périgourdin, laissant des coteaux dénudés sur toute la vallée de la Vézère. La population du département qui a atteint son apogée au milieu du XIXe siècle va ensuite décroitre inéluctablement.

Au Lardin et à Condat, Cyprien Brard qui face au manque de débouchés d’une mine de charbon, la Vézère tardant à être navigable, décide de créer une verrerie, et à côté de cette verrerie, se développera une industrie de traitement des cuirs qui deviendra par la suite une papeterie, ces industries étant aidées par l’arrivée du train, tout d’abord avec une ligne est-ouest. Une seconde ligne d’intérêt secondaire reliant Nontron à Sarlat sera ouverte en 1899, desservira Montignac et produira une industrialisation tout au long de son parcours.

À Saint-Léon-sur-Vézère est construit un pont métallique d’une portée de 60 m construit par les ateliers Roussel de Paris entre 1885 et 1987.

 

Vincent Marabout a terminé en faisant un focus sur la Maison Duchêne qui se trouve être légèrement plus ancienne que ce qui est habituellement cité (l’Empire), car elle est décrite dès 1803. Sa construction remonterait à la première république, sous Directoire ou le Consulat, soit entre 1797 et 1802. C’est un bâtiment carré remarquable par son plan symétrique de type néoclassique construit autour d’un escalier monumental qui débouche sur une coursive circulaire supportant une coupole par l’intermédiaire de seize piliers en bois. Ce faisant, il nous a fait découvrir le travail de l’architecte Jacques Molinos (1743-1831) qui a dessiné cette « Maison ». Il produisait une architecture néoclassique ayant recours aux symétries, colonnade et coupole, inspiration ayant sa source dans un voyage en Italie en 1785 avec Jacques-Guillaume Legrand ; il est entre autres le concepteur de deux bâtiments parisiens : l’hôtel de Saint-Florentin et la rotonde des éléphants du Jardin des Plantes .

La Maison Duchêne ne doit pas respecter le dessin original, car la coupole est de forme atypique et le toit la recouvre entièrement, ce qui produit d’ailleurs un effet visuel peu agréable. Pour la défense du constructeur, signalons que ce genre de coupole nécessite des compétences rares qui ont amené à l’abandon de ces structures en forme de coque renversée imaginée par Philibert de l’Orme qui a inspiré Molinos, technique qui a par la suite été diffusé en Allemagne par Gilly. En conclusion, Vincent Marabout suggère de nommer la médiathèque qui devrait être créée dans cette Maison Duchêne, la « Médiathèque Jacques Molinos ».

Escalier monumental de la Maison Duchêne Architecte : Jacques Molinos Entre 1795 et 1802
Escalier monumental de la Maison Duchêne Architecte : Jacques Molinos Entre 1795 et 1802

Quelques liens pour obtenir plus d’informations, en attendant la publication du livre sur cet inventaire et les nombreuses manifestations prévues dans un an et demi :

 

Photographie de l’entête : Natalia Rodriguez, adjointe à la culture de Montignac , les élus départementaux : Nathalie Manet-Carbonière, Christian Teillac et Régine Anglard, chargée de la culture et de la langue occitane,  et Marie-France Peiro du Chaudron

Article mis à jour le 4 avril 2016 après les observations de Xavier Pagazani et de Vincent Marabout, je les en remercie.

2 pensées sur “Inventaire du patrimoine de la Vézère – État de parcours

  • Ping :Progression de l’inventaire du patrimoine de la Vézère – L'Oeil du Bécut

  • lundi 4 avril 2016 à 8 h 00
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    Bonjour,
    quelques petites précisions sur ce retour.
    Ludovic Pizano et moi-même sommes de la Conservation du patrimoine (et non pas du conservatoire). L’usine Gillet à Condat-le Lardin produisait de l’extrait tannant utilisé pour les cuirs, mais aucun cuir n’était traité sur place. La ligne de chemin de fer Nontron-Sarlat, ouverte en 1899 ne produit pas d’industrialisation mais son tracé a été conçu pour favoriser les débouchés des industries déjà en place. Enfin, l’architecte Jacques Molinos est né en 1850 (comme indiqué au cours de la conférence) et non pas en 1843, erreur transmise d’historiens de l’art en historiens de l’art depuis Lance et qui se retrouve dans Wikipédia. J’expliquerai cette erreur et corrigerai la notice si j’en trouve le temps.
    Merci pour cet article.
    VM.

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