Histoire de ponts à Montignac

Le Pont Vieux de Montignac est désormais libéré de ses échafaudages, mais les travaux ne sont pas totalement terminés – Photo Jean-Luc Kokel

 
Laurent Mathieu l’a annoncé lors de sa dernière réunion, le pont Vieux ne comportera plus qu’une seule voie de circulation pour les véhicules, il en comporte deux actuellement, il en résulte que les trottoirs seront élargis, les piétons lui disent merci. Comme nous le disions en août, le problème de ce pont provient du manque d’étanchéité tablier. Les travaux sur la voirie ne concerneront pas uniquement le pont, mais également ses abords, c’est à dire place de la Libération au nord et devant la Mairie où les grands véhicules ont des difficultés d’accès à la route de Valojoulx et Sergeac.
Lors de cette réunion, un vieux serpent de mer a été évoqué, le troisième pont de Montignac. Laurent Mathieu a déclaré que si la fréquentation de Lascaux IV atteignait les 600.000, comme cela est prévu, ce troisième pont deviendrait une nécessité, sinon la circulation dans la commune serait totalement engorgée. Ce pont pourrait se situer à la hauteur de l’Intermarché, mais une seconde possibilité serait d’élargir à deux voies le pont de Thonac. Une mise en sens unique de certaines voies a également été envisagée, nous en déduisons que cela pourrait concerner les voies situées entre le nouveau pont et Montignac, à confirmer.
 

348849jlkDates inscrites sur le Pont Vieux, face au square Pautauberge. Il semblerait que ces dates ne correspondent ni au début ni à la fin de la construction – Photo Jean-Luc Kokel

Ce Pont Vieux… n’est pas le vieux pont de Montignac, il n’est pas situé au même emplacement ; celui que nous pouvons voir depuis la Mairie date de 1728-1768 et sa construction a été l’opportunité de transformer profondément de la commune, une sorte d’aménagement haussmannien avant l’heure. Pour ceux qui douteraient de cette relative modernité, nous leur conseillons d’aller vérifier sur la pile nord du pont, visible depuis le square Pautauberge, où les dates de 1728 et 1768 sont inscrites dans la pierre.
Bernard Fournioux, dans Montignac au moyen-âge, indique dans sa conclusion que pour le Périgord, on ne dispose pas d’archives antérieures au XIe siècle. En introduction de son livre, il parle de : « Cette longue période qui s’est écoulée entre l’installation des princes wisigoths en Aquitaine au Ve siècle et l’an Mil, demeure la plus obscure du passé historique de Montignac et de ses alentours. » Plus loin, on peut lire « À Partir du IXe siècle, s’installe dans le finage de cette vieille paroisse, une forteresse prenant appui sur un escarpement rocheux, propice à la défense et au verrouillage de ce passage obligé de la Vézère. »
Ce passage est très ancien, on le signale dès l’époque romaine et il n’est pas abusif de penser que celui-ci fut à l’origine de la commune. Un premier pont en bois relié les deux rives vers l’an 1000 indique l’Abbé Joseph Marquay à la page 19 de son livre « Montignac-le-Comte, Montignac-sur-Vézère, » première édition en 1938 ; c’est probable, mais il ne signale pas ses références.
Ce pont assurait le passage de la voie qui reliait Limoges et La Rochelle au nord à Narbonne, Toulouse, Cahors et Sarlat au sud. En 1580, les dernières troupes de Geoffroy de Vivans sont acculées à quitter la ville, avant leur fuite, elles détruisent le pont. Il est souvent écrit que ce pont fut brulé, mais bruler un pont de pierre ne suffit pas pour le rendre inopérant ! Bernard Fournioux cite p209 de son « Essais sur le pont de Montignac – et son prolongement économique1 », le pont fut « … ruyné, desmoly et bruslé par les ennemys de l’estat et de la religion… ». Plus loin, on peut lire « Finalement, le passage de la Vézère ne fut rétabli qu’à l’aide d’une passerelle de bois… » qui a fortement dégradait les finances du seigneur marquis et que la forêt du seigneur d’Hautefort fut « … quasy dépeuplée… » du fait des continuelles réparations des dégradations par les multiples et violentes crues de la Vézère.

Ce pont de fortune a été définitivement détruit par des crues de 1620. De cette date jusqu’à ce que fut bâti le pont Vieux, le passage de la Vézère s’effectuera à l’aide d’un bac, a priori juste en amont du nouveau pont. Pourquoi cet emplacement ? Parce que la rue de la Pégerie comporte désormais un coude avant d’arriver à la Vézère. Bernard Fournioux fixe d’ailleurs ce point comme lieu de passage de l’ancien pont.

Pont-Vieux_d'Orthez_-896Le Pont Vieux d’Orthez, tel qu’aurait pu être l’ancien pont de Montignac d’après Bernard Fournioux – Photo de Mossot sur Wikipédia

Cela ne nous semble pas correct, car ce pont comportant une tour sur l’une de ses piles (le pont en avait quatre et il devait présenter un aspect proche du Vieux pont d’Orthez, dit Bernard Fournioux), la logique voudrait que cette tour surveillait tant que faire ce peut l’enfilade des rues de la Pégerie et du Barry. En étudiant les cartes actuelles, et constatant que le schéma urbain n’a pas été modifié depuis, car de nombreuses habitations anciennes s’y trouvent encore, on prend conscience que le meilleur emplacement pour cette tour devait se situer face à l’actuel passage Kléber. Cela impose que la rue de la Pégerie se prolongeât au travers de l’actuel jardin du docteur Mazelle, rien d’impossible puisque ce jardin et le bâtiment qui lui est lié, sont plus récents que la date de destruction du pont.
Information complémentaire, on constate sur la carte de Ferry en 1696 (Archives départementales de la Gironde) une pile de pont résiduelle se trouve placée devant la rue de la Pégerie, au milieu de la Vézère, même si le manque précision de cette carte est patent.
 
Nous en apprendrons peut-être plus le 9 janvier prochain à l’atelier du temps libre lors de la conférence de Marie-France Fisher et Jacqueline Dupuis qui a pour thème : « Les ponts de Montignac. »
 
1 Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, Tome CVI (106), 1979, page 287-299

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