Actualité autour du patrimoine de la vallée de la Vézère

Lors des journées du patrimoine des 16 et 17 septembre 2017, Xavier Pagazini a fait son show dans les charpentes, c’est qu’avec elles il a trouvé de nouvelles informations, lui, son équipe et le laboratoire d’analyse dendrologique. Voyons ce qu’il nous a présenté récemment à Thonac et à Montignac lors de ces Journées, peu de personnes ont pu suivre ces visites, en tout une quarantaine, les places étaient limitées pour des raisons de sécurité.

Mais avant cela, monsieur Pagazani a présenté pour ces deux châteaux leurs origines communes dans le Montignacois, ils sont, comme beaucoup d’autres seigneuries, maisons fortes et autres châteaux, issus d’un chasement, c’est-à-dire la distribution de fiefs par le seigneur de Montignac à ses vassaux au XIIIe siècle. De Saint-Léon à Auriac-du-Périgord et tout autour, une petite quantité de positions fortifiées participaient à la défense du territoire du château de Montignac. Il a également insisté sur les très importantes destructions liées la guerre de 100 ans qui ont été suivies par une intense phase de reconstructions, tous les bâtis du secteur en portent encore les traces.

La seigneurie à l’origine de Lascaux

Une série de huit articles : « Lascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à « l’invention » d’un site préhistorique majeur » est toujours visible, et ce depuis trois ou quatre ans, sur le site Patrimoine et inventaire d’Aquitaine, cliquez sur les trois petits traits verts en haut et à gauche de la page pour obtenir le menu.

Château de Las Coux à l’origine, devenu Lascaux avant que la dénomination « Fond Laroche » n’apparaisse vers 1970 pour le différentier de la grotte.

Le manoir le Lascaux se situe à Fond Laroche, ce qui permet à certains d’affirmer qu’il n’y a pas de lien entre la dénomination de la colline de Lascaux et le manoir du même nom. Que non ! Xavier Pagazani a rectifié cela en faisant l’historique de la seigneurie de Lascaux, initialement « Las Coux », ce qui signifie lieu empierré ; la dénomination Fond Laroche n’est apparue qu’en 1970 pour des motivations purement touristiques.

Le premier texte faisant référence à ce château remonte à 1400 et fait référence à Louis Las Coux. La création de celui-ci se situe plus probablement au XIIIe siècle lors d’une opération de chasement, jusque-là le chevalier qui en a bénéficié vivait soit au château ou alors habitait en ville. Particularité de ces contrées, ce manoir a connu un temps trois nobles propriétaires, dont un du Cheylard en 1451. Le même phénomène a existé au château de Commarque (4 ou 5), à celui de Campagne (4), sans que l’on ait la moindre idée de la répartition des rôles.

Porte à l’intérieur du manoir (la seule que l’on pouvait photographier) est surmontée des trois blasons des seigneurs qui se sont partagé les lieux.

Le manoir actuel est le résultat de multiples transformations et ajouts, le dernier élément, l’aile Est datant du début du XXe siècle. Des terres de 400 cartonnées (50 ha) lui étaient associées, un grand domaine, ainsi qu’un pigeonnier. La ferme attenante a été reconstruite au XIXe siècle et la culture dominante a été la vigne jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce qui avait de fortes répercussions sur le paysage. Nous retrouverons ceci bien plus développé dans le livre cité ci-dessous.

Le manoir de Lascaux se compose d’éléments d’anciennetés très différentes

Le château de Losse, plus complexe et plus ancien

Château de Losse, emblématique château des berges de la Vézère, a été inclus dans l’opération d’inventaire général du patrimoine culturel de Nouvelle-Aquitaine consacré au secteur périgourdin de la vallée de cette rivière. Même histoire que le manoir de Lascaux et que les autres maisons fortes du secteur.

La visite des combles, ou plus précisément des charpentes, le dada actuel de Xavier Pagazani

Xavier Pagazani a emmené son auditoire sous les toits du bâtiment principal, lieu où il peut aborder son domaine de prédilection, la datation des charpentes par la dendrologie. Cette technique permet de retrouver la date à laquelle les arbres ont été coupés et employés pour les charpentes. À l’époque et dans la région, les arbres étaient mis en œuvre vert, dès la coupe, ils étaient plus aisés à travailler et en séchant la charpente se rigidifiait. Compter les cernes d’un arbre et comparer l’épaisseur de celles-ci à une référence permet cette datation, soit 1540 pour des éléments de charpente retrouvés dans la maçonnerie du toit du château, donc plus ancienne que 1570 gravés dans ses pierres.

 

Jean II de Losse n’a pas seulement embelli le château, mais il renforcé sa protection… par par les créneaux, mais avec les bouches à feu beaucoup plus discrètes

L’histoire de ces modifications est liée à celle de Jean II de Losse (1504-1579), personnage trop peu connu et d’importance nationale, comme ses aïeux, il respecta la tradition militaire de service à la Couronne. Il fut page de François Ier. Devenu capitaine il est cité pour son courage dans les combats contre Charles Quint. Il est nommé gouverneur et chargé de défendre plusieurs places fortes dans le Nord contre les Impériaux. Sous Henri II, puis François II, il continue à assurer la défense de villes stratégiques, dont Thérouanne et Mariembourg, et il est fait Gentilhomme de la chambre du Roi. Sous Charles IX, il est le premier capitaine français de la garde écossaise du Louvre. En 1578, sous Henri III, il est un des premiers bénéficiaires de l’ordre du Saint-Esprit nouvellement créé. Il servit ainsi tous les fils de Catherine de Médicis et ensuite reçut la haute mission de présider à l’éducation du jeune prince du Béarn à la Cour, le futur Henri IV.

Enfin en 1573, en l’année de la paix de La Rochelle, il devint gouverneur de son pays, le Limousin et le Périgord et lieutenant-général de la Guyenne.

 

C’est avec cette poutre noyée dans la maçonnerie, entre autres, que Xavier Pagazani pointe du doigt que l’âge de la première toiture du château a pu être déterminé.

Information de dernière minute

Dernière minute, il semblerait bien que le château de Sauvebœuf, à Aubas, nous réserve des surprises, Xavier Pagazini nous en dira probablement plus à ce sujet prochainement. Probablement vers la fin de l’année lorsque les résultats de l’enquête sur le patrimoine de la vallée de la Vézère se concrétiseront par l’édition d’un livre : « La vallée de la Vézère en Périgord. Xavier Pagazini y travaille et le sous-titre devrait faire référence à la construction des paysages. Ce recensement est l’œuvre d’une petite équipe régionale et départementale qui étudie ce sujet depuis plusieurs années et paraîtra dans la collection « Images du patrimoine ».